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J’aime beaucoup le théâtre des Champs-Elysées, cet édifice Arts nouveaux qui fait la part belle aux grands solistes. En juin, c’est le pianiste russe Nikolai Lugansky qui s’y produisit, dans un programme Tchaïkovski et Chopin. Certes, le programme n’était pas très original, mais l’interprète est une valeur sûre et qui mieux qu’un Russe peut jouer Tchaïkovski ?

A noter que contrairement à l’Opéra Bastille, le ticket d’entrée est très accessible. D’ailleurs les jeunes sont nombreux, au côté du public plus traditionnel des salles de concert parisiennes. Je m’installe au deuxième balcon et j’écoute la première partie du concert, le cycle des Saisons de Tchaïkovski –  douze pièces correspondant chacune à un mois de l’année qui, malgré les différences d’humeurs et de climats, peuvent lasser. Le pianiste réussit à intéresser non seulement par la plasticité du jeu, mais surtout par un habile art de la construction. Une gageure dans cette salle qui ne se prête pas à l’intimité du salon et demande beaucoup de concentration de la part des auditeurs. Le silence qui règne est tout à fait révélateur.

Après l’entracte, on entre dans un autre univers avec Chopin, celui du grand piano. D’habitude réservé, Lugansky se lâche et livre de la Polonaise-Fantaisie une vision aussi maîtrisée qu’expressive et sensible. Le bouquet de quatre mazurkas qui suit laisse transparaître mélancolie et poésie derrière la parfaite tenue stylistique. Vient ensuite la Barcarolle, au balancement hypnotique, puis la 4ème Ballade, picturale et sculptée avec un art consommé du rubato, qui se termine par une coda endiablée à la virtuosité transcendante.