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Chimamanda Ngozi Adichie, Autour de ton cou

Dans ce recueil de nouvelles, l’auteur nigériane raconte la vie de femmes de son pays, à mi-chemin entre l’Afrique et l’exil aux États-Unis. Il faut un véritable talent pour créer une héroïne en quelques pages, et l’auteur n’en manque pas, car elle parvient à chaque nouvelle à donner vie à un personnage différent.

Comme cette étudiante chrétienne, aisée, face à une vendeuse de légumes musulmane qui se retrouvent ensemble quelques heures, dans un abri provisoire, alors que les violences communautaires font rage. Des moments suspendus pour une rencontre impromptue où le dialogue improvisé entre ces deux femmes aux antipodes l’une de l’autre s’affranchit des préjugés de caste et de religion pour revenir à l’essence des rapports humains.

Ou encore dans Ambassade américaine, la femme d’un opposant politique fait la queue, sur un trottoir de Lagos, la capitale nigériane, pour déposer sa demande de visa. Elle remâche dans sa tête l’enfer qu’elle vient de vivre : la mort de son petit garçon, tué par des miliciens du régime ; la fuite hors des frontières de son mari, journaliste menacé… Arrivée au guichet, face à l’employée qui l’encourage, elle finit par tourner les talons, incapable, réalise-t-elle, de « vendre » l’histoire de son enfant « en échange d’un visa pour la sécurité ».

Avec ces femmes qui refusent de se laisser faire et qui disent non à leur manière, on découvre la culture nigériane, le drame de l’exil, la réalité de l’émigration.

 

Laeticia Colombani, La tresse

La tresse, c’est le destin entrecroisé de trois femmes que tout oppose : Smita vit en Inde : c’est une intouchable, membre de la caste des Dalits, la plus misérable de toutes ; Sarah est une brillante avocate d’affaires canadienne à qui tout semble réussir ; et Giulia vit en Sicile, où elle travaille dans l’atelier de son père. Elles ne se connaissent pas, ne se rencontreront jamais. Et pourtant les choix des unes conditionneront le destin des autres. En tournant le dos à ce que la société attend d’elles, elles s’affranchissent et inventent leur histoire. La Tresse n’a pas les qualités littéraires d’Autour de ton cou. C’est néanmoins un premier roman plaisant accessible à tous. Parfait pour une fin d’été.

 

Sylvain Tesson, Sur les chemins noirs

Après une grave chute qui faillit le priver de l’usage de ses jambes, Sylvain Tesson décide de traverser la France à pied, des Alpes-Maritimes à la Manche, en suivant les petits sentiers. Ces « chemins noirs » sont ceux de l’hyper-ruralité, qui contournent lotissements pavillonnaires, parkings et zones d’activité. Ils représentent une cartographie mentale de l’esquive, car l’auteur cherche à se soustraire à cette modernité qui défigure les paysages et qui bride l’imaginaire. En quittant les voies balisées et connectées, l’auteur regagne peu à peu et dans la douleur son intégrité physique, fait le deuil de sa mère et reconquiert sa liberté.

Plus qu’un carnet de voyage, ce livre est un carnet de réflexion sur la vie et sur le monde, agrémenté de rencontres pittoresques et de dialogues avec des amis voyageurs venus l’accompagner quelques jours. Ce livre donne envie de partir à l’aventure. Pour cela, inutile de se rendre au bout du monde, il suffit d’emprunter les chemins noirs.